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Publié par Audesou le 28 octobre 2010
Prenez une ville, à une centaine de kilomètres au Nord de New York, Poughkeepsie. Dénichez-y une maison abandonnée dans laquelle attendent sagement des centaines de cassettes VHS, les fameuses Tapes. Dépoussiérez votre vieux magnétoscope, éteignez les lumières et installez-vous confortablement. Vous voilà prêt. Le retour en arrière ne sera plus possible, dorénavant. À l’écran, déjà, des images apparaissent. Et les voilà maintenant qui défilent. Vous regardez The Poughkeepsie Tapes…
Pas facile de présenter simplement The Poughkeepsie Tapes tellement l’œuvre pioche allègrement et sans scrupules dans des genres aussi divers que variés. Afin de vous faire une idée, imaginez simplement une sorte de Faites Entrer L’Accusé concentré sur un tueur en série aux faux airs de Zodiac et qui aurait filmé tous ses crimes à la manière des étudiants de The Blair Witch Project. Le tout aux États-Unis, donc forcément dopé à l’hémoglobine et sous la coupe du FBI, mais sans Christophe Hondelatte, ni sa veste en cuir légendaire.

La construction de The Poughkeepsie Tapes n’est pas en reste, niveau originalité. Le film comporte plusieurs chapitres et est conçu comme un documentaire retraçant l’itinéraire macabre du tueur, le tout lourdement rythmé par des extraits choisis des fameuses cassettes retrouvées à Poughkeepsie. Ne soyons donc pas surpris si, entre la conférence d’un profileur chevronné à la retraite et l’interview des parents des victimes, nous tombons sur les souvenirs de vacances d’un tueur en série visiblement bouillonnant de créativité.
Ce qui choque de prime abord dans ce film, c’est le réalisme de sa réalisation. Qu’il s’agisse des acteurs, des lieux ou des extraits des bandes VHS, tout est troublant de justesse.
Il est important que chacun d’entre vous se pose la question : ai-je vraiment envie d’être hanté par toutes ces choses terribles, pour le restant de ma vie professionnelle ?
À tel point que — tout comme Cannibal Holocaust, longtemps avant lui — le film a déclenché une véritable polémique à sa sortie en salle sur le territoire américain, l’équipe de tournage ayant dans un premier temps laissé planer le doute sur l’authenticité des vidéos des meurtres dont il est question dans le film. Alors non, The Poughkeepsie Tapes n’est pas un snuff movie, mais suite au visionnage, même pour les amateurs du genre, il est rassurant de se le rappeler.
Mais au final, si le film nous met mal à l’aise, c’est aussi et surtout parce que son réalisateur a su habilement et subtilement y instaurer une ambiance lourde, parfois à la limite du supportable.
Grâce aux situations, tout d’abord. Ainsi, à l’image de ce que l’on pourra retrouver une année plus tard dans The Strangers de Bryan Bertino, on assiste parfois impuissants à la délectation du tueur qui n’hésite pas à prendre son temps et à se terrer durant de longues minutes au domicile même de ses futures victimes, avant de fondre sur ces dernières tel un spectre, vêtu à la manière du Scaramouche de la commedia dell’arte. Et comme prédateur rime avec réalisateur, c’est bien sûr sa propre caméra qui capture et renvoie consciencieusement le moindre détail de ces séquences éprouvantes au spectateur médusé.

Grâce aux images en elles-mêmes, ensuite. John Erick Dowdle n’a en effet ici pas hésité à abuser des longs plans-séquences durant lesquels il imprime à l’écran une image quasi noire. Notre œil de spectateur — qui peine à retrouver ses marques et s’orienter — nous ramène alors dans la position des victimes, totalement dépassées par les événements, rendant caduque sur l’instant tout effort de distanciation.
Grâce à l’habillage sonore enfin, qui alterne entre sons sourds et caverneux, et l’absence pure et simple de thèmes, nous laissant désemparés devant le caractère cru et violent de certaines scènes.
Aussi passionnante et trépidante soit-elle, la vie de l’amateur de films d’horreur est parfois rongée par la lassitude devant trop de navets sans âme qui se suivent et se ressemblent. Balayant sans retenue cet amas insipide, John Erick Dowdle nous offre ici un film sans aucune concession qui — non content d’agir comme un véritable électrochoc — s’avère intelligent et pose de vraies questions (Comment envisager la reconstruction physique et mentale des victimes ayant survécu à un tueur en série ? Comment protéger le reste de la population face à des tueurs qui ont appris à ne pas se trahir ? Comment éviter l’écueil de l’erreur judiciaire ?).
Lourd. Rythmé. Sans tabou. Particulièrement cru et violent. The Poughkeepsie Tapes est un OVNI qui ne laisse pas de marbre. Une œuvre assumée et atypique, qui n’a de cesse de nous bousculer et qui, grâce à son approche documentaire, nous entraîne avec frénésie dans l’écosystème du tueur.
Aux côtés du grand Tesis d’Alejandro Amenábar, nous voilà probablement là devant l’un des plus durs films sur les tueurs en série jamais réalisé à ce jour. À ne surtout pas mettre entre toutes les mains, donc. Quant aux amateurs avertis, gageons qu’ils ne seront pas déçus du voyage outre-Atlantique, dans les yeux du serial killer…
Mockumentaire à l'habillage glauque, The Poughkeepsie Tapes est, à tout point de vue, une œuvre dérangeante, à l'image de ce tueur dont on suit les pérégrinations macabres, faits d'arme d'un personnage au sadisme débridé.
Mais ne nous y trompons pas, si la violence et la perversion qui se dégagent des scènes de torture éraillées qui parsèment le métrage sont palpables, John Erick Dowdle ne basculera jamais du côté du gore sirupeux à la Saw. Il lui préfèrera une approche plus psychologique et, à bien des égards, plus effrayante. Et c'est tout à son honneur.
Car une des forces du film c'est bien de présenter les à-côtés et les répercussions des actions du tueur sur le monde environnant, et plus particulièrement sur les victimes et leurs familles, tout en mettant en exergue des problématiques bien plus profondes comme l'a très bien fait remarquer Audesou. Faisant preuve d'intelligence, le réalisateur ne joue cependant pas les moralistes, là où un Natural Born Killers, dans un registre légérement différent, dénonçait une Amérique à l'idolâtrie criminelle.
On se retrouve alors devant un documentaire d'une intense crédibilité, ajoutant au choc des images un trouble né de ce réalisme acerbe que nous dépeint singulièrement le réalisateur. Au point que le film nous marque. Indubitablement.
Donc oui, pour ceux qui se sentent prêts, The Poughkeepsie Tapes est une expérience à vivre, crue certes, éprouvante pour certains, mais ne pas le faire serait passer à côté d'une œuvre unique.
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