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Cette impression qui n'a de nom qu'en français

L'horreur des années 2000 : les remakes américains


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Publié par S. Dis Pater le 26 octobre 2010 dans Rétrospective

Depuis le début des années 2000, le cinéma américain a vu naître une prolifération de remakes en tout genre. Cependant, s'il en est un pour qui l'infection a été la plus évidente c'est bien celui de l'horreur. Genre qui en lui-même a connu un essor important sur la même période, essayant de satisfaire un public adolescent en manque de gore et de sensations « fortes ». La brèche est béante et les studios hollywoodiens vont se hâter de s'y engouffrer. Mais la matière nouvelle, les idées novatrices, semblent s'étioler et incapables de tenir le rythme de l'appétence d'un public parfois peu regardant sur la qualité du produit fini. Argent facile, hommage ou réelle envie artistique, les raisons pour lesquelles les studios se sont lancés dans l'entreprise des remakes sont nombreuses, voire douteuses, mais au final la situation est des plus classiques. Il y a du bon et du mauvais.

La nostalgie n'a pas que du bon

Les réalisateurs viendront principalement, et allégrement, piocher dans les classiques, ou pas, des années 70 et 80 en essayant de les remettre au goût du jour et, inévitablement, en souffrant de la comparaison. Il est vrai que ces deux décennies furent une période faste du cinéma d'horreur, berceau dépravé de films aujourd'hui devenus cultes, au point d'avoir inspiré nombre de métrages modernes, et la source est donc loin d'être tarie.

2003. Sort en salle l'excellent Willard de Glen Morgan (que l'on retrouvera au commande d'un autre remake, Black Christmas, trois ans plus tard) avec Crispin Glover dans le rôle titre. Ce remake du film du même nom de 1971 est celui qui marquera le début de la déferlante que l'on subit encore aujourd'hui. Au final, il ne se passera pas une seule année entre 2003 et 2010 sans que soit distribué un remake quelconque...

Aperçu du film : Willard

Ainsi la même année que Willard, débarque dans les salles The Texas Chainsaw Massacre (Massacre À La Tronçonneuse) de Marcus Nispel, remake du classique de Tobe Hooper. Si le film n'apporte pas grand chose au regard de son aîné, il s'avère tout de même relativement efficace, et le remet au goût du jour sans pour autant le dénaturer, on ne lui en demandait pas plus... On remarquera aussi la présence à la production de Michael Bay qui se découvrira une envie malsaine de financer nombre de films d'horreur — dont la préquelle The Texas Chainsaw Massacre: The Beginning — avec dans le lot quelques remakes, le plus souvent inutiles ou stupides. C'est ainsi qu'en 2005, il nous gratifiera d'un The Amytiville Horror (Amytiville), réalisé par Andrew Douglas, aussi insignifiant que honteux ou encore d'un The Hitcher (Hitcher) en 2007. Il y en aura d'autres mais j'y reviendrai un peu plus loin.

L'année 2004 n'aura droit qu'à un seul remake mais non des moindres : Dawn Of The Dead (L'armée Des Morts) de Zack Snyder ayant pour matériau de base le culte Zombie de George Romero. S'inscrivant dans la mouvance et le renouveau du film de zombies qui a lieu sur la même période, le film parvient à dépoussiérer sa source d'inspiration, à la dynamiser et à s'en détacher suffisamment pour que le spectre de l'original ne soit pas trop présent même si on perd un peu au passage le message social qui l'imprégnait, mais c'est là faire la fine bouche...

Aperçu du film : Dawn Of The Dead

Les années 2005 et 2006 forment un petit chapelet de remakes bien souvent insipides et, au mieux, anecdotiques. Pourtant, certains des originaux étaient signés d'une main de maître par des réalisateurs majeurs : on a donc droit au remake du The Fog (Fog) de John Carpenter en 2005 et du Sisters (Sœurs De Sang) de Brian de Palma en 2006. John Moore essaiera de faire revivre le malveillant Damien dans The Omen (La Malédiction), en vain, alors que Simon West s'attaquera à un film moins connu de 1979, When A Stranger Calls (Terreur Sur La ligne).

Il faut attendre l'arrivée du français Alexandre Aja, dont le film Haute Tension avait su s'exporter outre-Atlantique, dans la machinerie hollywoodienne pour apporter une « fraîcheur » bienvenue dans le monde du remake. S'appuyant sur le classique réalisé par Wes Craven en 1977 The Hills Have Eyes (La Colline A Des Yeux) et jouissant d'une certaine liberté dans la construction du métrage, il arrive à se l'approprier de manière habile pour livrer un film cru, brutal et sans concession (il suffit de regarder la scène dite « de la caravane » pour s'en convaincre). Le succès est au rendez-vous et cela vaudra au français de pouvoir continuer son aventure américaine avec le formaté Mirrors puis, en 2010, avec Piranha 3D, remake du célèbre Piranha (Piranhas) de 1978.

Aperçu du film : The Hills Have Eyes

Cela nous vaut aussi, l'année suivante, une suite, à l'intérêt discutable, qui n'est autre que le remake de la suite du film de Wes Craven. Pour l'originalité, on repassera... Mais cette fois, point d'Alexandre Aja aux commandes et le film est confié à l'inconnu Martin Weisz. Ce qui ne donnera rien de bon... The Wizard Of Gore a lui aussi droit à un remake, dans lequel on retrouve d'ailleurs Crispin Glover, qui n'atteindra jamais le niveau du film de 1970. Cette année 2007 apparaît donc calme mais c'est sans compter sur le génie de Rob Zombie.

L'homme, accessoirement chanteur et musicien de métal, à qui l'on doit House Of 1000 Corpses et The Devil's Rejects sortis respectivement en 2003 et 2005, est chargé de réaliser le remake du film de John Carpenter Halloween. Mais plus qu'un simple remake, Rob Zombie a à cœur, et ce sur le conseil même de Carpenter, dans faire son propre film en y apportant une vision toute personnelle. Et c'est ce qui fait la force du métrage, là où l'original n'était « qu'un » slasher, le film de Zombie approche l'histoire sous un angle psychologique inédit. En s'attardant sur l'enfance de Michael Myers, sur son évolution, il tend à donner au tueur une humanité altérée par un environnement extérieur propice au malaise et à l'aliénation. Au final, il s'agit moins d'un vulgaire remake que d'une véritable relecture, passionnée et franche. Et, étrangement, c'est ce qui vaut au film d'être vivement critiqué, les fans de l'œuvre de Carpenter y voit un saccage pur et simple, irrespectueux du film de 78. C'est là mal comprendre la démarche de Rob Zombie...

Aperçu du film : Halloween

Après ce coup de maître, on passera rapidement sur l'année 2008 qui nous sert un Prom Night (Le Bal De L'Horreur) fade et bancal pour arriver au remake attendu de Friday The 13th (Vendredi 13). Aux commandes, on retrouve Marcus Nispel, six ans après avoir rafraîchi l'œuvre de Hooper, et on peut donc légitimement s'attendre au meilleur, on espère le meilleur pour le revival de Jason Voorhees. Malheureusement, Nispel ne saura pas réitirer l'exploit de 2003 et se contentera d'ajouter péniblement sa pierre à l'édifice instable d'une saga depuis longtemps en perdition. Si on peut reconnaître la qualité de la mise en scène, sans que celle-ci se révèle transcendante, cela ne suffit pas à donner au film une saveur quelconque, pire, cette réalisation parfois léchée tendra à l'anesthésier, le délestant de toute tension réelle. L'inutilité du métrage se fait alors prégnante et Marcus Nispel ne saura rendre ses lettre de noblesse à un Jason gangréné par une exploitation excessive, laissant derrière lui la trace suintante de la déception.

2009 est une année riche en remakes car outre ceux de The Stepfather (Le Beau Père), de The House On Sorority Row ou encore de My Bloody Valentine (Meurtres À la Saint-Valentin), dont la vaine 3D ne parvient pas à compenser le vide et la linéarité d'un film sans grande ambition, nous parvient le génial The Last House On The Left (La Dernière Maison Sur La Gauche). Sorte de version barrée et sordide du Jungfrukällan (La Source) de Ingmar Bergman, l'original de Wes Craven provoqua un tollé lors de sa sortie en salles (tout du moins dans les pays ayant accepté sa projection) en 1971. Aussi, souffrant de ce passif dérangé et en ces temps de pruderie ironique où décrocher le convoité PG-13, Graal maladif, semble devenir l'unique préoccupation des producteurs, quitte à détériorer les œuvres originales, pour s'attirer les faveurs d'une génération d'adolescents peu regardants, le remake peut-il tenir la comparaison ? La réponse nous vient de Dennis Iliadis, réalisateur grec peu connu, à qui cette tâche difficile incombe. De manière surprenante, il profitera d'une marge de manœuvre et d'une liberté de mouvement plutôt confortable au point que l'on se demande s'il a eu, à un moment quelconque, à faire des compromis pour satisfaire les grands pontes d'Universal. Car, disons le franchement, l'excitation des premiers instants nous fait sentir que ce que l'on est sur le point de voir sera atroce, bruyant et sans concession. Se débarrassant du superflu — dont les passages prétendument comiques et inutiles avec les deux flics stupides — Dennis Iliadis parvient à galvaniser l'histoire en se recentrant sur l'essentiel et maintient une tension continuelle sur le spectateur abasourdi et pris dans les mailles d'une trame éprouvante et lancinante. Transposant la structure initiale dans une relative modernité, le réalisateur lui apporte une vigueur nouvelle, abrupte et signe là un des meilleurs — si ce n'est le meilleur — remakes de ces dernières années.

Aperçu du film : The Last House On The Left

Tout ça nous mène finalement à cette année, avec en premier lieu The Crazies de Breck Eisner, relecture simple d'un autre film de Romero connu en France sous le titre La Nuit Des Fous Vivants. Sans faire déshonneur à ce dernier, et proposant par moments de savoureuses ambiances glauques, le remake se contente trop souvent du strict minimum, ne s'aventurant que rarement au-delà des sentiers battus pour nous servir un film d'horreur honnête à apprécier pour ce qu'il est, ni plus ni moins. Enfin, une dernière icône des années 80 se verra souillée par ce mercantilisme outré et ravageur : Freddy Krueger. The Nightmare On Elm Street (Freddy – Les Griffes De La Nuit) version 2010 est de ces films où rien n'est à sauver. La première erreur, et au fond la principale, remplacer Robert Englund pour incarner le boogeyman. Englund est la figure même de ce tueur à l'humour noir cinglant, cynique jusque dans le coup de grâce. Et tenter de donner au personnage ce côté sombre, ce passé emprunt de pédophilie n'est pas un choix des plus judicieux car malhabile et à la subtilité nulle. Pour résumer, sans Englund, Freddy ne peut subsister. Si on ajoute à ça un jeu d'acteur plat, une mise en scène sans génie et un déroulement soporifique, les conclusions sont vite tirées.

Il n'est pas toujours nécessaire d'aller aussi loin...

… pour reprendre à son compte des bonnes idées venues d'ailleurs. C'est ainsi que les studios américains se sont lancés dans la pratique lucrative du remake de films étrangers. On a par exemple, sorti en 2007, Funny Games (Funny Games U.S.) de Michael Hanneke qui prend ainsi les rennes du remake de son propre film sorti dix ans plus tôt. Le métrage conserve toute la violence de l'original (on se souvient de ce plan séquence dramatique et choquant suite à la mort d'un des personnages), impliquant même le spectateur dans cette brutalité gratuite, mais perd au passage l'impact et l'originalité de son prédécesseur. Mais, si faire le remake d'un film de dix ans d'âge n'a rien d'excessivement choquant, les producteurs se révèlent surtout pernicieux lorsqu'ils s'attaquent à des films datant d'un an tout au plus. Citons [Rec], film espagnol de Jaume Balagueró et Paco Plaza sorti en 2007, qui connaît un remake un an plus tard, signé John Erick Dowdle réalisateur du réussi The Poughkeepsie Tapes, sous le titre Quarantine (En Quarantaine). La supercherie et l'opportunisme sont évidents, la version américaine est une copie conforme de l'espagnole, poussant le vice jusqu'à reprendre quasiment plan par plan la plupart des scènes. Au final, on peut se demander quel est l'intérêt d'une telle entreprise. À croire qu'on ne connaît pas le sous-titrage sur la côte ouest... L'histoire se répète cette année avec Let Me In (Laisse-Moi Entrer) de Matt Reeves, remake du magnifique film suédois Låt Den Rätte Komma In (Morse). Adaptation d'un roman de John Ajvide Lindqvist, ce dernier a eu le mérite et l'intelligence de renouveler un genre qui semblait tourner en rond (le mythe du vampire) alors que le remake vient juste piller l'idée sans scrupules. Si le film n'est pas mauvais en soit, privilégiant une relative efficacité à l'ambiance doucereuse de l'original, il s'avère juste inutile.

Et après ?

Comme dit au début de ce dossier, la source est malheureusement encore loin d'être tarie. Gageons que les studios sauront s'y abreuver jusqu'à satiété, quitte à avoir la nausée. Certains remakes ont d'ores et déjà été annoncés dont, dès ce mois d'octobre sur les écrans américains, I Spit On Your Grave, remake de Day Of The Woman (Œil Pour Œil) réalisé en 1978 ou encore celui du Hellraiser (Hellraiser, Le Pacte) de Clive Barker. À voir si la tendance de la médiocrité se poursuivra ou si les bonnes surprises seront à l'honneur. Espérons-le...


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